Annele Balthasar est le chef-d’œuvre du grand poète alsacien Nathan Katz (1892-1981)

Paru en 1924, ce poème dramatique écrit en alémanique, que l’auteur définit comme un «poème populaire» et comme un
«chant populaire dialogué», est surtout un «chant d’amour» rendant hommage à la douceur de sa terre, le Sundgau.


L’un des premiers mérites de la pièce est de décrire le climat de suspicion généralisée, de délation et de terreur qui régna en Alsace et dans le Saint- Empire germanique durant les trois siècles que dura la grande chasse aux sorcières, dont « l’apogée » sera atteinte aux seizième et dix-septième siècles.

Mais Annele Balthasar est aussi un long poème d’amour. Cet amour est avant tout, bien sûr, celui qui unit Annele à Doni, un amour qui, dans sa profondeur et son intimité en même temps que dans sa simplicité, atteint une dimension, une douceur et une vérité, cosmiques.
C’est qu’Annele Balthasar est aussi le chant d’amour offert par Nathan Katz à son Sundgau doux et fertile. (Frédéric DIEU)

Lorsque Nathan Katz apprit au début de 1977 que son Annele Balthasar de 1924 serait représentée cette année même, à Bendorf, il était encore très affaibli par la maladie qui avait failli lui être fatale ; la nouvelle le transforma littéralement ; le vieux poète, qui venait de côtoyer la mort, retrouva, comme par miracle, sa jeunesse d’esprit et sa vigueur. Tout illuminé intérieurement, la figure émaciée par les souffrances, le vieux poète me confia : Je vais revoir la chère Annele Balthasar.

Le poète se réjouit de retrouver son Sundgau natal, les paysages familiers, le monde de son enfance. Malgré ses infirmités et les dangers que son audace peut lui faire courir, il est décidé à assister au moins à une des représentations de Bendorf.


L’accueil que le public, où se mêleront jeunes et vieux, fera au poète sera un des grands moments dans la vie de Nathan Katz.
(Victor HELL, d’Oberdorf (Illtal). Nathan Katz itinéraire spirituel d’un poète alsacien, Editions Alsatia 1978 page 57)

Nathan KATZ est venu deux fois assister à la pièce à Bendorf.
Ici avec les acteurs, dont Sabine WALLISER (Annele), de Waldighoffen, et à droite Philippe JUAN (Doni)
, le soir de la première de la reprise dans la grange de Bendorf, le 13 août 1977. (Photo Bernard Umbrecht)

Nous avons eu le bonheur, comme un certain nombre de sundgauviens, d’assister à une représentation de la pièce en cet été 1977.

Et ici nous vous proposons une VIDEO passionnante, avec un extrait de la pièce et une interview de Nathan KATZ : un Reportage France 3 Alsace dans « Rund Um » du 18 avril 2018 avec Jean-Louis SPIESER, lauréat du Prix Nathan Katz en 2018.

A partir de 1 mn 27 jusqu’à 2 mn 07, vous pouvez voir un extrait de la pièce avec Sabine Walliser.
– Et à partir de 4 mn jusqu’à 4 mn 26, une rare interview de Nathan Katz en 1968.

Et, grâce à Bernard UMBRECHT dans le site SauteRhin, voici la LISTE des DIFFERENTS INTERVENANTS que beaucoup connaissent ou ont connu ici, de ces magnifiques et inoubliables moments :

  • Annele Balthasar : Sabine Walliser
  • Doni : Philippe Juen
  • Mueder Vreni : Joséphine Spenlehauer
  • Finnele : Esther Spenlehauer
  • Em Finnele sini Mueder : Yolande Kaufmann
  • Der Bettler : Pierre Spenlehauer
  • Landsknecht : Raymond Hengy
  • Maïerin : Carole Juen
  • Maïer : Jean-Pierre Juen
  • Bauerin : Christiane Meyer
  • Das Mädchen : Anne Hengy
  • Luewisle : Raymonde Koch
  • Gerichts’s Vorsitzender : Bernard Faffa
  • Ankläger : Laurent Koch
  • Verteidiger : Pierre Spenlehauer
  • Richter : Marie-Anne Brugger
  • Colette Frandaz
  • Mise en scène : François Dangel et André Leroy, conseiller d’art dramatique
  • Décor, costumes, affiche : Annie Dangel, Jean-Pierre Anger
  • Régie : Jean-Pierre Anger et Michel Baltrès
  • Figure allégorique de la mort: Marc Frandaz
  • Musique : le quatuor de Burn et Philippe Berne
  • Les chorales de Bendorf et de Winkel sous la direction de Fernand Juen
  • Danse : Armand Laurent, animateur du groupe folklorique les «Waschbafolk» de Dolleren.
  • Figurants, décors, plateau : les habitants de Bendorf

Prosper RUETSCH, le 28 février 2023, nous présente l’inspiration historique de la trame de cette pièce émouvante de Nathan Katz :

Ce 28 février 1589 (il y a 434 ans), ont été incarcérées dans le Hexenturm (tour des sorcières) de la ville d’Altkirch, trois femmes de Fulleren, Marguerite Tscheibler, Adelaïde Oertscher et Anna Balthazar, accusées toutes trois de sorcellerie.
Le 7 avril suivant, devant le tribunal des Maléfices, Marguerite et Adelaïde, après avoir avoué, demandèrent à être bannies de la région et promirent de devenir honnêtes.
Les 24 juges condamnèrent les deux femmes à être brûlées « jusqu’à être réduites en poudre et en cendres », au lieu-dit Galgenboden, à la sortie de la ville.
Plus résistante, Anna Balthazar, accusée d’avoir empoisonné une étable, fut relaxée et échappa au bûcher.

Un quart de siècle plus tard, elle fut une seconde fois inculpée en compagnie de Vérène Ketsch, de Hagenbach.
Sept témoins affirmèrent, sous la foi du serment, les avoir vues chevaucher des loups. Questionnée, Anna Balthazar répondit qu’elle avait fait un pèlerinage à Einsiedeln et que sur cela son amant diabolique la laissa tranquille un certain temps. Mais elle ne put persévérer dans sa résolution et finit par célébrer ses noces avec lui.
Elle convint encore qu’étant sortie un jour à pied, un loup vint à sa rencontre et qu’elle l’avait monté …
Malgré les réponses affirmatives de l’inculpée à 21 questions, elle fut encore inexplicablement acquittée !

Son histoire a inspiré à Nathan Katz son émouvant drame « Annele Balthasar ».

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