Quand ce n’est pas “l’Engagement au service des citoyens” qui prévaut !

Le “Pouvoir” pyramidal en démocratie 

En écrivant au XVIème siècle son “Discours sur la servitude volontaire”, Etienne de la Boétie s’intéressait aux différentes formes de “Pouvoir”, quelle que soit son origine.
Encore aujourd’hui, ses observations sur la structure pyramidale du pouvoir sont intéressantes à constater, même dans nos démocraties modernes

Schéma de base

Pour Etienne de la Béotie, le pouvoir quelle que soit son origine (élections, conquêtes ou succession) comprend le Maître (ou Tyran), ses “d’Obligés” sur plusieurs paliers, le “gros populas” (la partie ignorante et grossière du peuple) et les incorrigibles “hommes bien nés et cultivés”

Au-dessus le «Maître» qui décide
En-dessous les «obligés » qui s’empressent
En troisième position, ceux qui entourent les “obligés”
En quatrième position ceux qui se satisfont des promesses 
En cinquième position les habitués à la servitude 
… 

Structure pyramidale du pouvoir …

Restent ceux que la servitude ne saurait jamais séduire !

Le “Maître”

Le “Maître” décide mais pour subsister il doit faire de ses “Obligés” des « complices ».

Pour cela, la meilleure stratégie, consiste à distribuer des délégations le plus largement et le plus complètement possible de façon à casser le lien direct entre la décision et sa perception par le “peuple”.

Les mains hors du cambouis, le Maître a alors tout loisir et tout le temps pour communiquer efficacement : le positif c’est pour lui, les dégâts collatéraux c’est pour le délégataire concerné.

Les “Obligés” 

Les “Obligés” perdent leur liberté dont ils se dépossèdent volontairement pour conserver leur place et leur délégation. Ils acceptent d’assumer pour cela le mauvais rôle pour perdurer auprès du Chef.

ANOMALIE DANS LE SYSTEME : l’un ou l’autre de ces “Obligés” peut arriver à envier la place du “Maître”.
Dans ce cas, il y a perversion de la pyramide.

Le “Peuple”

Le peuple bien instrumentalisé et brossé habilement dans le sens du poil accepte inconsciemment d’entrer dans la servitude en gommant inconsciemment le bilan réel par rapport aux promesses non tenues.

Les esprits restés libres deviennent des gêneurs scandaleux.
Les obligés du second rang, trop chargés, sont sacrifiés.

Perversion de la pyramide : “minage” sournois de terrain !

Non, non, ce ne sont que ragots …

METHODE SOFT : “L’Obligé” sollicite benoîtement une délégation «sensible».

Investi officiellement, son (passe-) temps consiste à susciter et ENTENDRE le problème des différents plaignants pour … NE STRICTEMENT RIEN FAIRE !

Et évidemment, tout ce qui se règle bien tout seul, c’est …LUI
et tout le reste c’est … QUI VOUS SAVEZ !
(Mais : MOTUS et bouche cousue).

L’exemple moderne de l’Urbanisme (à tout hasard pour comprendre)

Une opération de «Révision de Plan Local d’Urbanisme», particulièrement sensible, puisqu’elle porte sur le classement des terrains de construction, se profile.

Un des “Obligés” sollicite la délégation. Mais, par la suite, son inaction généralisée sur l’avancement du dossier oblige le “Chef” à s’y investir fortement pour ne pas bloquer les enjeux de l’opération.

Pendant ce temps, en coulisses, par une communication strictement verbale bien ciblée, “l’Obligé dévoué” cumule sur son compte toute la reconnaissance des satisfaits pour diriger sur le «Chef» tous les griefs des mécontents.

Et, en finale, pour rester “efficace” à tous points de vue et toutes fins utiles, il vote en séance, sans état d’âme, la décision officielle !

Le Pouvoir selon Etienne de la Boétie 

Etienne de la Boétie (1530 – 1563)

Etienne de la Boétie a écrit son “Discours de la Servitude volontaire» entre 16 et 18 ans mais celui-ci n’a été publié qu’en 1574.

Longtemps oubliée, cette œuvre ne ressortit qu’au XIXème siècle pour être  considérée comme l’une des plus remarquables analyses de la « Comédie Humaine ».

Le constat d’Etienne de la Béotie

“Quelle que soit la manière d’accéder au pouvoir (élections, conquêtes, succession), la domination du Maître ou du tyran, ne perdure pas par son bon gouvernement mais par l’habitude qu’a le peuple de la servitude. Aussi, pour durer, il faut faire participer les dominés à leur domination.

D’où l’invention de la structure pyramidale du pouvoir !

Pour se protéger de son vivant, Etienne de la Béotie avait pris la précaution de ne puiser ses exemples que dans l’Antiquité.
En ce qui concerne les démocraties, il n’aurait évidemment pas manqué d’exemples dans notre monde contemporain !

Pour Étienne de la Boétie, l’homme est né libre et égalitaire, sans besoin ni envie de «servitude »

Mais, à un moment donné de l’Histoire, il s’est produit une «Malencontre » qui a conduit l’humanité à la servitude et permis la domination du petit nombre sur la majorité qui désormais accepte et va même jusqu’à aimer l’asservissement.

Etienne de la Boétie n’apporte pas d’éclaircissement supplémentaire à cette « Malencontre », mais constate que l’amour de la servitude s’est substitué au désir de liberté en même temps que s’est instaurée la coutume de vivre dans une société hiérarchisée dont le «Maître » profite pour asseoir son pouvoir par une organisation pyramidale.

Comment pérenniser la servitude du « gros populas »

Rendre complice

Profiter de la cupidité et du désir d’honneurs d’une partie de la population pour la mettre à son service en s’en faisant des “Obligés”.

Engourdir le peuple par des «drogueries »

Parmi ces «drogueries », La Boétie cite : les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les bêtes curieuses, les médailles et autres drogues de cette espèce, la religion, la superstition … , de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l’ordre public.

Pérenniser la servitude

Plus longtemps le peuple aura connu la servitude, plus fortement il la considérera comme normale et même nécessaire.

Déconsidérer voire éliminer les récalcitrants 

Ceux qui, hommes bien nés et cultivés, mais que “l’idéologie, les passe-temps ludiques et les diverses superstitions ne peuvent endormir comme le “gros populas”
Ceux qui ne se contentent pas de voir ce qui est à leurs pieds, sans regarder ni derrière ni devant.
Ceux qui rappellent au contraire les choses passées pour juger plus sainement le présent et prévoir l’avenir.
Ceux que la servitude ne pourrait jamais séduire pour «si bien qu’on l’accoutrât », ceux qui ramèneraient la liberté, «quand elle serait entièrement perdue et bannie » de ce monde.
Ceux qui, malgré tout restent insensibles aux mensonges qui instaurent peurs et angoisse …

Installer la structure pyramidale du pouvoir 

Face à ces incorrigibles récalcitrants qui pourraient influencer le «gros populas », le Maître » a recours à un autre stratagème : la structure pyramidale de son pouvoir en instaurant le «contrôle social ».

Je cite Etienne de la Boétie : « Cinq ou six ont l’oreille du tyran. Ces cinq ont six cent qui profitent sous eux et qui font de leurs six cents ce que les six sont au tyran »

Pour cela, le «Maître» doit rendre des gens «complices», les asservir en leur donnant l’occasion de dominer d’autres à leur tour. Ceux-ci, en retour, flattent leur maître en espérant ses faveurs mais perdant du même coup leur liberté.

partages