Jean-Louis Etienne avec Will Steger lors de leur expédition au Pôle Sud avec un traineau à chiens – Journal La Montagne

ET POURTANT…

Partis à des dates différentes, avec des moyens différents, deux explorateurs se rencontrent par miracle sur une banquise pourtant en dérive permanente.

Les deux protagonistes 

Jean-Louis ETIENNE le médecin-explorateur français bien connu est parti en mars 1986 de Resolute Bay, en solitaire, ravitaillé tous les 15 jours par un avion.

Will STEGER, explorateur américain s’était lancé plus tôt, en autonomie complète avec cinq attelages de douze chiens tirant les provisions nécessaires pour deux mois.

Surprise du 8 avril 1986 …

Un mois après son départ, Jean-Louis ETIENNE en récupération-sommeil est réveillé par les aboiements des chiens de Will STEGER passant à proximité de sa tente !

Le courant passe quasiment sans paroles.
Ne parlant pas la même langue, ils tombent tout simplement dans les bras l’un de l’autre avant de se quitter pour atteindre chacun pour soi le pôle Nord sans que leurs chemins se recroisent.

… départ pour un nouveau challenge !

Le peu de mots qu’ils avaient en commun leur suffit pour décider de monter ensemble une expédition pour rejoindre ensemble le pôle … Sud.

Ils se revoient en mai 1987, dans le Minnesota, dans la “maison en forêt” de STEGER pour en définir l’organisation.

Louis ÉTIENNE se charge de monter une expédition internationale de 6 hommes de pays différents et Will STEGER, de la logistique, en particulier des chiens de traîneaux.

Et c’est ainsi que la « Transarctica » est réalisée sur 6300 kilomètres et avec 36 chiens en 219 jours, du 25 juillet 1989 au 03 mars 1990.

« Nous avons réussi parce que nous ne parlions pas la même langue, ce qui évitait des conflits sur des bêtises » dira Jean-Louis ETIENNE !

DEPUIS !

A leur retour, les deux coleaders ainsi que les membres chinois, soviétique, japonais et britannique sont reçus ensemble par leurs chefs d’Etat respectifs.

Ils compteront parmi les acteurs du protocole de Madrid qui, signé en 1991, gèle toute exploitation des ressources de l’Antarctique jusqu’en 2041.

ANTARCTIQUE : Atlas des espaces protégés

Et depuis, ils se retrouvent tous les 5 ans pour célébrer leur traversée autour de l’amitié née entre les deux explorateurs américain et français pour qui, selon Diogène, le philosophe grec,
« Un ami est une seule âme qui habite deux corps. »

Source : “La Croix” du 26 août 2020

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