L’Abbé Pierre, le fondateur des Communautés d’Emmaüs (né le 5 août 1912 et décédé le 22 janvier 2007) avait fait escale à Waldighoffen en mars 1980 en laissant un texte manuscrit pour notre famille, bien sûr nous le possédons encore.

Le 14 mars 1980, mon frère l’Abbé René Hoff et l’association “Rencontres Sundgau” que je présidais, avaient invité l’Abbé Pierre à Waldighoffen et il avait animé une mémorable conférence dans l’ancien Foyer de Durmenach noir de monde.
Nous avions déjeuné tous ensemble en famille avec lui. Ca ne s’oublie pas !

C’est à cette occasion qu’il a écrit le texte ci-dessous dans le “livre d’or” de notre famille.

Tout faire
pour servir et faire ser
vir partout (en) premiers les plus souffrants, c’est le chemin de toute Paix – c’est le chemin de la Rencontre de l’Eternel Tout Amour –
Merci à vous qui vous employez à aider chacun à savoir, à entendre l’appel de ceux qui souffrent, l’appel de l’Eternel Amour qui a confié à nos libertés la mission de montrer, de rendre croyable pour tous que tous nous sommes Aimés, et nous vivons pour apprendre à Aimer pour toujours.

Abbé Pierre +

Un peu d’histoire :
Henri Grouès est né à Lyon le 5 août 1912 dans une famille bourgeoise aisée et pieuse de négociants en soie lyonnais, originaire, du côté paternel, du hameau de Fouillouse à Saint Paul sur Ubaye, et de Tarare dans le Rhône du côté maternel. Il est le cinquième de huit enfants.
En 1931, il fait profession chez les capucins où il prononce ses vœux. Il renonce cette année-là à sa part du patrimoine familial, et donne tout ce qu’il possède à des œuvres caritatives. En religion, Henri Grouès devient frère Philippe. En 1932, il entre au cloître, au couvent de Crest où il passe sept années d’austérité religieuse.
Le 18 décembre 1937, il est ordonné diacre et est ordonné prêtre le 24 août 1938. En avril 1939, il est nommé vicaire à la basilique Saint-Joseph de Grenoble.
Ses actions dans la résistance lui valent la Croix de guerre avec palme à la Libération. De son expérience passée et des drames dont il a été témoin, il doit, comme bien d’autres résistants de tous bords qui l’ont côtoyé, son engagement politique pour restaurer une société digne fondée sur les droits humains fondamentaux, mais aussi sa profonde détermination à agir pour des causes qu’il croit justes.
Après la guerre, il est élu député de Meurthe-et-Moselle aux deux assemblées nationales constituantes (1945-1946).
Il ne se représentera plus à l’Assemblée à la fin de son mandat : sa courte carrière politique se termine en 1951 et l’abbé Pierre retourne à sa vocation première de prêtre-aumônier et s’investit, avec sa petite rente d’ex-député, dans ses actions caritatives.
Il fonde en 1949 le Mouvement Emmaüs (en référence à Emmaüs, village de Palestine apparaissant dans un épisode du dernier chapitre de l’Évangile selon Luc). Ce mouvement est une organisation laïque de lutte contre l’exclusion, présente aujourd’hui dans 36 pays du Monde.
L’abbé Pierre meurt le lundi 22 janvier 2007, tôt le matin (5 h 25 heure locale), à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, des suites d’une infection du poumon droit consécutive à une bronchite. Il était âgé de 94 ans.
Il affirmait :
« J’ai passé ma vie à prier Dieu pour mourir jeune », et ajoutait : « Vous voyez, c’est raté ! »

Fondateur de la première communauté Emmaüs, l’auteur de l’appel de l’hiver 1954 a consacré sa vie au combat contre les exclusions.

Pour entrer dans la minuscule cellule de l’abbé Pierre, mieux valait se faire mince. Depuis qu’il était venu se retirer à l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille, le fondateur des chiffonniers d’Emmaüs avait tant entassé de livres, de dossiers et d’objets de récupération que sa porte ne pouvait plus que s’entrebâiller.

«Je suis l’inventeur du style Louis-caisse !» avait-il coutume de lancer, malicieux, à ses visiteurs éberlués par ce capharnaüm. Puis il se recueillait quelques minutes avant de parler de sa voix sonore, celle-là même qui,
au cours de l’hiver 1954, avait lancé «l’insurrection de la bonté» contre le scandale des sans-logis.

A cette époque-là, celui qui de son vrai nom s’appelle Henri Grouès n’est déjà plus tout à fait un inconnu. La guerre, et surtout la Résistance, lui ont forgé une renommée. Nous sommes dans l’Isère, en 1942. Les juifs sont pourchassés et l’abbé Grouès leur ouvre la porte de son presbytère.

Un jour, il rencontre le frère du général de Gaulle, paralysé, qu’il aide à gagner la Suisse en le portant sur son dos. La Gestapo le pourchasse. Il «monte» alors à Paris où il participe au Conseil national de la Résistance. Début d’un destin exceptionnel que rien ne laissait présager.

Puis il entre chez les capucins. Qui aurait dit que cet enfant chétif, né en 1912 à Lyon, deviendrait ce batailleur têtu, toujours prêt à sonner aux portes des puissants pour faire reculer un peu plus la misère ? À 19 ans, il découvre saint François et prend une décision radicale : sa part du patrimoine familial offerte à diverses œuvres de charité, ce fils de bourgeois entre chez les capucins.

« Aujourd’hui, Dieu doit rire dans sa barbe du tour qu’il m’a joué : je voulais la tranquillité et le silence des moines et il m’a propulsé dans le monde pour y vivre avec passion les choses les plus extravagantes. »

L’abbé Pierre, en effet, aura été servi ! Des ors du Parlement où il sera, de 1945 à 1951, député MRP de Meurthe-et-Moselle, aux manifestations en tout genre où il usera ses brodequins, il mènera avec ferveur son combat, celui de la dignité de l’homme.

En 1949, il fonde la première communauté Emmaüs. Deux ans plus tard, il construit des maisons d’urgence sur des terrains qu’il achète en Île-de-France. Sous sa pression, le gouvernement autorise les Caisses d’allocations familiales à consentir aux familles modestes des prêts pour financer leur logement.

“Mes amis, au secours !”
Les compagnons, eux, fouillent les poubelles, ratissent les « décharges », à la recherche d’objets monnayables. L’abbé multiplie démarches et réunions pour alerter l’opinion publique. La lutte quotidienne pour le pain et le toit s’organise.

Le déclic : ces funérailles de « honte nationale », en 1954, d’un enfant de 3 mois, mort de froid dans une carcasse de voiture, la nuit même où fut éludée la discussion au Sénat autour du projet présenté par l’abbé député. Un milliard, demandait-il, pour des logements d’urgence.

L’hiver est rude : – 15 C à Paris. Le 1er février, une femme meurt boulevard de Sébastopol, au cœur de Paris. Dans sa main, elle tenait serrée une lettre d’expulsion de son logement.

Alors, l’abbé Pierre lance sur les ondes de RTL son célèbre appel : «Mes amis, au secours ! Chaque nuit, ils sont plus de 200 recroquevillés sous le gel dans la rue, sans toit, sans pain ; beaucoup sont presque nus. Devant cette horreur, les « cités d’urgence », ce n’est plus assez urgent… »

L’Histoire retiendra cet appel du 1er février 1954 qui aussitôt déclenche une mobilisation générale, culminant en un gigantesque mouvement national de solidarité. Quelques jours plus tard, le Parlement vote pour le logement populaire des crédits dix fois supérieurs à ceux qu’il refusait un mois plus tôt. Avec ces 10 milliards, 12 000 logements seront bâtis dont la moitié existe toujours.

Impossible de dresser la liste des luttes qu’il aura menées.
Le nom de l’abbé Pierre, jusque-là quasiment inconnu, franchit les frontières. Sollicité de partout, il s’épuise vite et doit être opéré à plusieurs reprises.

Après un temps de convalescence, il entreprend une tournée de conférences au cours de laquelle il entre en contact avec les plus grands. Impossible de dresser la liste des luttes qu’il aura menées. Le petit homme à la cape et au béret ne doutait pas de son charisme. Et si les médias ne venaient à lui, c’est lui qui venait à eux…

En 1984, il participe, au côté du Secours catholique et de l’Armée du salut, à la création de la Banque alimentaire. «Nous réclamons plus que les surplus alimentaires, crie-t- il lors de la soirée de lancement, à Paris. Nous réclamons des paniers-repas de tous les restaurants de luxe qui sont pleins à craquer. Nous réclamons tous ces aliments qui doivent être légalement jetés aux ordures… »

Son combat pour la justice l’amène à défendre les immigrés sans papiers. Perclus de rhumatismes, il n’hésite pas à coucher sur l’esplanade du château de Vincennes, en 1993, au milieu de familles africaines réclamant d’être relogées dans Paris. En 1996, il est aux côtés des Africains grévistes de la faim dans les églises parisiennes de Saint-Ambroise et de Saint-Bernard.

(D’après le journal « La Croix »)

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