Le débat sur la réforme des retraites s’est focalisé en partie sur les fonds de pension. Ils alimentent en France de nombreux fantasmes.

Explications pour mieux comprendre
(Extraits Article de Alain Guillemoles –
Journal La Croix du 20/01/2020)

Géants de la finance, les fonds de pension brassent des milliards. Jusqu’ici, ils se sont surtout développés dans les pays anglo-saxons. Explication.

Que sont les fonds de pension ?

Un fonds de pension est une caisse de retraite créée par une entreprise ou un employeur public pour constituer une épargne à ses salariés en vue de la retraite.
L’adhésion à un fonds de pension peut être obligatoire, ou bien facultative. Les cotisations proviennent des salariés mais aussi, le plus souvent, des employeurs.

Au moment de sa retraite, le salarié peut récupérer la totalité de son capital, ou bien obtenir une rente.
Ce système est celui de la retraite par capitalisation, car la pension est assurée grâce à une épargne constituée.
Il est différent du système par répartition où les cotisants payent la retraite des pensionnés et où aucun capital n’est donc accumulé.

« Au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les fonds de pension sont facultatifs. Seules certaines catégories de la population en bénéficient effectivement.
Au Danemark et aux Pays-Bas, ils sont obligatoires et viennent compléter un filet social significatif et universel. »

Historique et Classement mondial

Historiquement, le système des fonds de pension s’est d’abord développé en Écosse, avec la Scottish Widows, la mutuelle créée en 1815 pour assurer des pensions aux veuves des soldats tués durant les guerres napoléoniennes.

Scottish Widows : Première mutuelle « Fonds de pension »

Aujourd’hui, les fonds de pension sont particulièrement nombreux aux États-Unis. Mais le plus gros fonds de pension au monde est japonais. C’est celui de la fonction publique nippone, le Fonds d’investissement des retraites du gouvernement, créé en 1954 et qui gère l’équivalent de 1 200 milliards d’euros.

Selon le classement réalisé par le cabinet Willis Towers Watson en 2017, le deuxième fonds le mieux doté est celui de la fonction publique norvégienne (802 milliards d’euros sous gestion), puis celui des employés fédéraux américains (436 milliards d’euros) et des fonctionnaires coréens (415 milliards d’euros).
Selon cette même étude, l’encours géré par les 300 plus gros fonds de pension du monde représente 14 100 milliards d’euros.

Comment gèrent-ils l’argent des épargnants ?

Les fonds de pension confient les sommes collectées à des gestionnaires d’actifs, qui vont faire fructifier cette épargne avec un objectif de préservation du capital. Ces gestionnaires sont des banques, des assureurs ou des sociétés spécialisées.

Leur activité est très encadrée. Chaque pays dispose de règles prudentielles.

En France, les fonds de pension ont mauvaise réputation. « Ils sont associés au grand capital, aux fonds vautours », regrette Philippe Crevel, économiste. Or cette image ne reflète pas la réalité. « Les fonds de pension ne spéculent pas mais visent une croissance stable, dans une logique de garantie des revenus futurs », explique l’économiste.

BlackRock loin derrière le Crédit Agricole et AXA en France

Une polémique a pris particulièrement de l’ampleur en France en marge de la réforme. Elle a visé BlackRock, la plus grosse société de gestion d’actifs du monde. Ce géant américain de la finance gère l’équivalent de 6 300 milliards d’euros, dont 25 milliards venus de clients français. Elle a été dépeinte comme l’inspirateur caché du projet de réforme des retraites. Or, en réalité, BlackRock n’est sur le marché français qu’un gestionnaire d’actifs parmi d’autres, dont les français Amundi (du groupe Crédit agricole : 1 430 milliards d’euros d’encours) ou AXA IM (757 milliards d’euros sous gestion).

AMUNDI, filiale du Crédit Agricole, le 1er fonds de pension européen

En France, les fonds de pension ne représentent qu’une toute petite partie des sommes collectées pour les retraites . Et cela ne devrait pas changer après la réforme.

Larry Fink, le créateur de BlackRock, a forgé le succès de son entreprise en mettant l’accent sur le développement de l’intelligence artificielle pour déterminer des stratégies d’investissement à long terme.

Deux types de fonds

Certains fonds sont « à prestation définie », c’est-à-dire que le montant de la rente est garanti.
Mais cela est de plus en plus rare.
La plupart des fonds de pension sont aujourd’hui « à cotisation définie », c’est-à-dire que seul le montant collecté est garanti.

La fragilité du système est là : la fructification du capital dépend fortement de l’évolution des marchés.

En cas de crise financière, le montant collecté peut voir sa valeur chuter.
Il est aussi arrivé que des fonds fassent faillite, à la suite de malversations ou d’erreurs de gestion.
Pour minimiser ce risque, il existe dans certains pays une caisse de garantie qui prend le relais, en cas de faillite d’un fonds.

Par ailleurs, il arrive aussi qu’un État soit obligé de recapitaliser ou de nationaliser un fonds défaillant. Mais les pensionnés subissent souvent dans ce cas une part de la perte.

Définitions

Gestionnaires d’actifs. Ces entreprises placent sur les marchés l’argent des épargnants – entreprises, particuliers, investisseurs institutionnels ou fonds de pension – pour le faire fructifier. L’américain BlackRock est le numéro un mondial. Le numéro un européen est le français Amundi, filiale du Crédit agricole.

Fonds activistes. Ces investisseurs professionnels entrent au capital d’entreprises qu’ils estiment mal gérées dans le but de leur faire prendre des mesures susceptibles de faire grimper leur cours de Bourse ou d’infléchir leur stratégie.

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